Commissaire-Priseur : Jérôme Delcamp
Expert : Tristan Pimpaneau
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Exposition à la Librairie Giraud-Badin à partir du mercredi 23 septembre 2026 de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h
Préface
Xavier de Planhol (1926-2016) par Jean-Robert Pitte (Membre de l’Institut)
Xavier de Planhol occupe une place singulière au sein de la géographie française du XXe siècle et du début du XXIe : un caractère affirmé, un souci de l’érudition hors du commun, une originalité de la pensée le conduisant à fréquenter les chemins de traverse de la discipline qu’il a rendue passionnante, y compris pour les non-géographes.
Des modes, il se moquait comme d’une guigne, du souci de séduire les media et de plaire au grand public également. Grâce à plusieurs de ses livres lumineux et dépourvus du jargon qui a envahi les sciences humaines depuis quelques décennies, il y est néanmoins parvenu sans le vouloir.
Il a pratiqué des terrains variés en Turquie, en Iran, en Afghanistan, en Afrique du nord, en Lorraine, mais il s’est appuyé pour étayer ses intuitions sur une bibliothèque exceptionnelle, en partie héritée et qu’il a surtout patiemment constituée tout au long de sa vie en fonction de ses besoins et de ses dilections. Il est rare que les bibliophiles se servent de leurs trésors amassés pour nourrir leur œuvre, mais ce fut le souci constant de Xavier de Planhol.
Ses goûts éclectiques l’incitaient également à réunir des ouvrages surprenants et ne relevant pas du champ de la géographie, par exemple des cartonnages pour la jeunesse du XIXe siècle et du début du XXe dont il était l’un des principaux collectionneurs ou des romans baroques et précieux du XVIIe siècle ou bien encore des romans noirs du XIXe siècle. Dans ses mémoires inédits, il écrit : « J’ai grandi entre les livres, et j’espère bien mourir parmi eux. [...] ils m’ont apporté le soutien de leurs petites lignes noires, l’humble réconfort des mots, la flamme du souvenir. »
Son œuvre, importante en volume, l’est plus encore en pertinence et en originalité. Dès sa thèse soutenue, il publie en 1957 un petit volume fort perspicace intitulé Le monde islamique dans lequel il envisage pour la première fois dans la littérature scientifique une religion comme un phénomène géographique. Il servira de base à une réflexion qu’il poursuit pendant une décennie et qui aboutit au remarquable essai qu’il publie en 1968, et qui s’intitule Les fondements géographiques de l’histoire de l’islam.
Son livre suivant n’a été publié que 18 ans plus tard, en 1988. Il s’agit de la Géographie historique de la France qui est un nouveau maître ouvrage sur un sujet d’apparence rebattu depuis le XIXe siècle, mais qui en réalité renouvelle en profondeur la compréhension de la personnalité de la France et porte au plus haut niveau la géographie historique. Suivent en 1993, toujours chez Fayard, Les nations du Prophète. Manuel géographique de politique musulmane, puis Minorités en islam : géographie politique et sociale.
En 2000, paraît L’Islam et la mer. La mosquée et le matelot qui achève l’ensemble des publications qu’il a consacrées à la géographie historique du monde musulman.
Vient le dernier et le plus épais de ses ouvrages qu’il publie en 2004 et sur lequel il a travaillé, disait-il, pendant également un demi-siècle : Le paysage animal. L’homme et la grande faune : une zoogéographie historique. Deux pages de conclusion seulement achèvent ce vrai chef d’œuvre, le couronnement de ses travaux. En voici quelques-unes des premières phrases : « Tentons un bilan. L’homme, Prédateur suprême, était destiné à ravager et à détruire. Il l’a fait. Moins, cependant, qu’on ne l’a dit, et qu’on ne le répète tous les jours. » Politiquement incorrect, il l’était, mais jamais par provocation, toujours par conviction soigneusement établie au terme de recherches d’une profondeur inusitée.
Xavier de Planhol était un homme du XIXe siècle quelque peu égaré dans le XXe et, à plus forte raison, dans le XXIe. Il ignorait l’ordinateur, ne répondait jamais au téléphone et avait même évacué cet instrument du diable de chez lui à la fin de sa vie, préférant communiquer par lettre. Il était une sorte d’anachorète de la science, vivant dans la silencieuse compagnie de ses chers livres. La vie étrange qu’au départ il n’avait pas choisie, mais qu’il a assumée jusqu’à son terme a permis l’émergence d’un savant d’une envergure hors du commun.
Son exigence et ses méthodes ont permis de renouveler en profondeur la géographie qu’il n’a cessé d’aimer et de servir avec panache.
Demeure son œuvre et sa bibliothèque exceptionnelle qui est aujourd’hui dispersée.